FRANCESCA CLAPCICH

Francesca Clapcich : “Le Vendée Globe est le but ultime pour tout marin”

Après une saison en Ocean Fifty comme skippeuse d’Upwind by MerConcept Francesca Clapcich a annoncé la semaine dernière le lancement de son projet Vendée Globe 2028. Avec le soutien de 11th Hour Racing, elle prendra après The Ocean Race Europe la barre de Malizia Seaexplorer, l’actuel Imoca de Boris Herrmann et disputera la Transat Café L’OR avec un-e co-skipper, dont l’identité serra dévoilée ultérieurement. Tip & Shaft s’est entretenu avec l’Italo-Américaine de 37 ans.

Vous avez dévoilé votre projet Vendée Globe la semaine dernière, pourquoi le bateau de Boris en particulier et la collaboration avec le Team Malizia ?
Nous avons fait beaucoup de recherches sur différents bateaux. Je sais que Boris a construit celui-là avec un objectif de fiabilité ; ce n’est pas un secret qu’il ne sera peut-être pas le plus rapide dans toutes les conditions, mais en même temps, c’est mon premier Vendée Globe et je pense que ce sera assez difficile de le faire sur un bateau qui est déjà assez “fou” dans le Sud, ce sera un défi supplémentaire. Je veux donc d’abord m’assurer que je puisse prendre le départ puis finir la course dans une bonne position en étant capable de pousser le bateau sans trop de casse. C’était donc l’idée. L’autre chose vraiment sympa, c’est que nous nous sommes entendus sur une collaboration avec le Team Malizia qui est partenaire technique, c’est vraiment excitant parce qu’ils connaissent parfaitement le bateau et que nous allons partager une grande partie de l’équipe technique. Donc je pense que ça va être un très bon projet, nous partagerons beaucoup d’aspects sympas. C’est un aspect très positif d’avoir une équipe expérimentée à mes côtés. Boris m’a beaucoup aidée à structurer le projet, je fais confiance à son expérience et à celle de son équipe, c’est un grand soulagement pour moi de ne pas avoir à tout construire à partir de zéro.

Quels seront tes plus grands défis à titre personnel ?
Je dirais à peu près tout ce qui concerne le projet ! Le plus grand défi est de s’assurer que le bateau reste fiable. J’ai vraiment envie de participer à des courses et d’en faire beaucoup, l’objectif est de courir le plus possible, le mieux possible, cela implique de nombreux challenges pour l’équipe technique. De mon côté, il s’agit vraiment d’apprendre à naviguer en équipage réduit. Un Imoca est une “bête” complètement différente à gérer quand vous êtes seul à bord. Après la Transat Café L’Or, je ferai le convoyage retour en faux solo, pour apprendre à manoeuvrer le bateau correctement, sans commettre d’erreurs et en évitant les casses. Il faut être capable de consacrer du temps, de l’énergie et de la motivation pour s’attaquer à un défi que l’on ne connaît pas.

Quel va être ton objectif en termes sur la Transat Café L’Or ?
Pour moi, c’est très important de pouvoir marquer des points dès 2025 [dans la perspective du nouveau processus de sélection pour le Vendée Globe 2028, NDLR] et de prendre un bon départ dès cette saison. L’autre objectif, c’est le processus d’apprentissage. C’est un nouveau bateau pour moi sur lequel je n’ai jamais navigué auparavant, il faut donc que j’apprenne à le pousser, que je découvre ses faiblesses et à savoir quoi faire dans les conditions où il n’est pas le meilleur de la flotte. Le but sur la transat sera bien sûr de prendre le départ et de la terminer, mais je pense que le bateau a le potentiel pour faire une très bonne course, Boris l’a déjà montré, c’est au skipper à bord d’en tirer le maximum du potentiel.

“Un équilibre à trouver”

Que représente pour toi le défi du Vendée Globe ?
C’est quelque chose qui, pour moi qui ai grandi dans une petite ville d’Italie, était un peu trop loin. Je voyais Ellen (MacArthur) et Dee (Caffari) faire ce genre de choses, mais à l’époque, cela me paraissait tellement loin, presque impossible à réaliser. Puis j’ai commencé à m’impliquer davantage dans cet univers et j’ai eu la chance de participer à deux courses autour du monde [les eux dernières éditions de The Ocean Race, NDLR]j’ai vraiment adoré cet aspect de la voile. Je suis passée de la voile légère à la course au large, j’aime vraiment ça et je pense que le Vendée Globe est vraiment le but ultime pour un marin, c’est vraiment difficile. Le niveau devient tellement élevé que si vous ne ne mettez pas assez d’engagement, si vous n’atteignez pas un certain niveau de performance, vous n’obtiendrez jamais des résultats corrects. Donc c’est un défi que je trouve vraiment cool ; d’un côté, tu te dis : “Comment puis-je faire avancer ce bateau assez vite pour être capable d’être dans le groupe de tête ?” ; de l’autre : “Comment puis-je me gérer pendant autant de jours ?” Apprendre cet aspect complet du sport est vraiment motivant pour moi.Peux-tu nous parler du budget de ton projet ? Comment est-il financé ?
Je pense que j’ai beaucoup de chance de ce point de vue. 11th Hour Racing est mon sponsor principal, ils couvrent à peu près 100% du budget annuel pour la campagne. Je pense que nous sommes dans une fourchette similaire aux meilleures équipes de la flotte, je dirais dans les dix premières (en termes de budget), avec certainement les moyens de faire quelques améliorations techniques sur le bateau dans les prochaines années, notamment de nouvelles voiles quand nous en aurons besoin. C’est vraiment excitant parce que c’est la première fois que je dispose d’autant de moyens, ça n’arrive pas si souvent.

Comment vas-tu gérer le fait de partager ton temps entre les Etats-Unis et la France, où est basé le projet ?
Ce n’est pas si facile, parce que ma femme est américaine, ma fille vit et va à l’école là-bas. Il y a des moments dans la saison où j’ai besoin d’être en France, la plupart des navigations se font ici. Maintenant, j’ai la chance de passer du temps à la maison quand le bateau est dans le hangar en hiver, je peux me reposer un peu plus sur l’équipe technique pour faire le travail. Je pense que ce sera un équilibre à trouver, et ma famille n’est pas du tout contre le fait de venir avec moi en Europe.

Photo : Amory Ross / 11th Hour Racing

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