Après le groupe Apicil (Damien Seguin) et le trio V and B-Monbana-Mayenne (Maxime Sorel), un autre partenaire engagé depuis quelques années dans la classe Imoca s’apprête à tirer sa révérence : après l’avoir officialisé dans la matinée auprès de ses salariés, Maître CoQ, a en effet annoncé ce vendredi après-midi la non-reconduction de son partenariat avec Yannick Bestaven et son équipe Imoca.
La décision a été entérinée le 5 décembre dernier par l’entreprise, en concertation avec les actionnaires du groupe LDC (qui la détient) et annoncée au skipper pendant son escale à Ushuaia, peu après son abandon sur le Vendée Globe, ce que nous confirme ce dernier : “Ça a forcément été dur pour moi, un double effet kiss cool, parce que je me retrouvais au bout du monde à essayer de réparer le bateau pour le ramener tant bien que mal et j’apprenais que ce serait fini à mon arrivée aux Sables d’Olonne. Je t’avoue que la première semaine de mer n’a pas été facile. Maintenant, ça s’arrête pour des raisons stratégiques au sein du groupe LDC, c’est comme ça, on a vécu de belles aventures en huit ans, j’ai gagné le Vendée Globe grâce à leur soutien et ils m’ont ensuite permis de construire un bateau neuf, je ne peux que les remercier.”
Interrogé sur les raisons de cette décision, Roland Tonarelli, directeur général de Maître CoQ depuis janvier 2022, tient d’abord à préciser qu’elle n’a rien à voir avec l’abandon du skipper sur le Vendée Globe – “elle a été prise avant”. Avant d’ajouter : “Quand on arrive à la fin d’un cycle, on doit se poser la question du stop ou encore, donc c’est le fruit d’une réflexion de plusieurs mois. Avec Yannick, on a atteint le sommet grâce à sa victoire en 2020, on a ensuite mis les moyens pour essayer d’en glaner une deuxième consécutive, on s’est demandé ce qu’on pouvait aller chercher de plus, sachant qu’il avait annoncé qu’il ne ferait plus de solitaire après le Vendée Globe, ce qui aurait impliqué de repartir avec un autre skipper. Or notre icône, c’est Yannick.”
Un choix avant tout stratégique
Enfin et surtout, le sponsor et ses actionnaires ont estimé que stratégiquement, la voile et le Vendée Globe, malgré un retour sur investissement avéré, ne correspondaient plus forcément à leurs attentes commerciales. “La voile permet d’obtenir un capital sympathie indéniable, c’est un support de communication très fort pour l’interne, qui nous a été très utile dans le dynamisme de l’entreprise, puisqu’une bonne partie de nos salariés, de l’ordre de 30 à 40%, sont passionnés par le projet. En revanche, pour une marque BtoC comme la nôtre, et même si l’audience de ce sport est de plus en plus importante, la voile ne nous permet pas de toucher la totalité des consommateurs. Or malgré tout, c’est la consommatrice de 35-50 ans qui fait ses courses au supermarché qui nous intéresse, ça justifie une grande partie de la décision.”
D’où le choix de Maître CoQ de réorienter cet investissement – “de 2,2 à 2,5 millions d’euros par an”, nous précise son directeur général – “vers une communication sur les réseaux sociaux, la publicité à la télévision et au cinéma, qui rapporteront sans doute plus par rapport à notre cible”. Ce qui ne veut pas forcément dire, ajoute Roland Tonarelli, “que dans dix ans, Maître CoQ ne reviendra pas dans la voile”, comme l’entreprise l’avait d’ailleurs fait pour le Vendée Globe 2012 auprès de Jérémie Beyou, après avoir soutenu dans les années 1990 Thierry Arnaud, Jean-Luc Van den Heede et Bertrand de Broc.
The Ocean Race et transmission
Cette équipe connaît d’ailleurs une autre fin de cycle puisque, après cinq Vendée Globe, dont les deux derniers avec Yannick Bestaven, la team manager Anne Combier a décidé de passer la main à Marine Derrien, qui occupait le même poste il y a quatre ans au début du projet Holcim PRB avant de rejoindre Paris 2024 pour diriger la parade fluviale de la cérémonie d’ouverture. “Comme Yannick, je ne veux pas faire le Vendée Globe de trop, explique la première, je précise au passage que cette décision n’a rien à voir avec celle de Maître CoQ.” Interrogée sur le choix de Marine Derrien, elle ajoute : “Je l’avais repérée depuis un moment, même si on a 25 ans d’écart, on a un profil assez proche. J’ai suggéré l’idée à Yannick pendant le Vendée Globe, il m’a répondu par texto : « Anne, tout ce que tu décideras pour moi sera la bonne décision ». Je pense qu’elle va booster le projet, apporter de l’air frais.”
Mise au courant du retrait de Maître CoQ avant de signer, celle qui a œuvré auparavant pour OC Sport (organisation de courses, projet Dongfeng sur la Volvo Ocean Race) et des teams (LinkedOut, Holcim PRB), a malgré tout accepté la proposition : “J’avais toutes les billes avant de me décider, d’autres propositions aussi, mais le projet m’a plu, avec The Ocean Race que j’avais envie de refaire, c’est vraiment une belle aventure. J’ai déjà relevé plusieurs défis, jamais celui d’aller chercher des partenaires et de monter un projet, je crois vraiment qu’on a les armes pour écrire une nouvelle histoire et amener un ou une jeune au départ du prochain Vendée Globe.”
Car l’objectif, en plus de s’aligner cette saison au départ de la Transat Café L’Or et de The Ocean Race en 2027, est d’intégrer rapidement un ou une jeune marin, mais déjà confirmé(e) pour lui permettre de prendre rapidement en main le plan Verdier (sistership de Groupe Dubreuil) et de viser la performance sur la onzième édition de la course autour du monde. “On a déjà reçu des appels, on va faire un casting, il ne faut pas perdre de temps car le processus de qualification pour le Vendée Globe débute très vite”, indique Yannick Bestaven, pour qui “il est temps de passer la main, comme Yves Parlier l’avait fait avec moi”. Mais uniquement en solitaire : “J’ai envie de passer de l’autre côté de la barrière, mais je ne prends pas du tout ma retraite.”
Photo : Loic Venance